Gisserot Axelle

Textiles situés, textiles habités. Des récits biorégionalistes aux réseaux socio-techniques : pratiques textiles entre mémoire, outils, ressources et territoires. Thèse sous la direction d'Aurélien Fouillet (CRD, ED-SSH). Depuis novembre 2025.

 

Textiles situés, textiles habités. Des récits biorégionalistes aux réseaux socio-techniques : pratiques textiles entre mémoire, outils, ressources et territoires.

 
Résumé de la thèse

La production textile contemporaine se caractérise par une dissociation profonde entre ressources naturelles, territoires, savoir-faire et usages. Depuis les années 1970, la mondialisation a fragmenté les chaînes de valeur, déplaçant les activités manufacturières vers des zones à faible coût de production, tandis que des pays comme la France se sont recentrés sur la conception. Ce processus a contribué à l’érosion des filières locales et à une dépendance accrue à des ressources, des techniques et des infrastructures éloignées. Il en résulte des systèmes productifs largement désancrés, où les liens entre matière, gestes et territoires se trouvent distendus.
Parallèlement, le modèle dominant repose sur une exploitation intensive des ressources, mobilisant fibres synthétiques issues de ressources fossiles, monocultures et procédés de transformation fortement consommateurs d’eau et de substances chimiques. Au-delà de leurs impacts environnementaux, ces dynamiques participent d’une rupture plus profonde : une perte de compréhension et d’appropriation des procédés techniques. Les machines, autrefois intégrées dans des contextes sociaux et territoriaux situés, tendent à devenir des systèmes opaques, contribuant à une forme de dépossession vis-à-vis de la matière textile.

Ce travail propose de tirer le fil de cette dépossession pour en interroger les causes et les implications. Il fait l’hypothèse que la fragmentation actuelle des filières ne relève pas uniquement de logiques économiques globalisées, mais d’une rupture des réseaux socio-techniques qui reliaient historiquement ressources, outils, savoir-faire et milieux. Dans cette perspective, la relocalisation ne peut être envisagée comme un simple déplacement géographique, mais comme une reconfiguration de ces relations.
Le biorégionalisme constitue ici un cadre théorique et opératoire pour penser cette transformation. Fondé sur une lecture écologique des territoires, il invite à organiser les activités humaines à partir des dynamiques propres aux milieux - bassins versants, sols, climats. Toutefois, son application au textile reste largement inexplorée. Or, ce domaine apparaît particulièrement pertinent pour en éprouver les limites et les potentialités, en raison de son ancrage dans des ressources localisées et de sa dépendance aux systèmes hydrologiques.

En croisant la notion de bassin versant avec celle de « bassin textile », cette recherche propose de tisser des liens entre dimensions écologiques et socio-techniques. Le bassin textile est envisagé comme une unité territoriale structurée par des flux de matières, d’outils, de savoir-faire et d’infrastructures. L’eau y joue un rôle central, à la fois comme ressource, support de transformation et vecteur de mise en relation. Cette approche permet de réinscrire les procédés de production dans des systèmes cohérents, où s’articulent mémoire des pratiques, conditions matérielles et organisations contemporaines.

À partir d’une revue de littérature, de l’analyse d’initiatives actuelles et d’un ancrage territorial situé en territoire alpin transfrontalier, ce travail soutient que le textile constitue un levier central pour penser les transitions biorégionales. Il s’agit moins d’optimiser des impacts que de transformer les logiques mêmes de production, en réarticulant ressources, techniques et usages.

Le fil rouge de cette recherche est ainsi celui de textiles situés et habités : des textiles dont la production engage des relations entre humains, outils et milieux, et qui participent à la réactivation de réseaux de production ancrés dans les territoires. En mobilisant le design comme pratique d’enquête et de médiation, cette recherche contribue à esquisser les conditions d’émergence de systèmes textiles capables de réconcilier mémoire, techniques et contemporanéité.


Directeur de thèse :

Aurélien Fouillet, CRD (centre de recherche en design), école doctorale Sciences Sociales et Humanités (ED SSH, n° 629).

Co-encadrants :

Axelle Grégoire, architecte-cartographe, docteure MNHN
Hélène Lemaire, enseignante dans le département Design Textile, ENSCI-Les Ateliers

Modalité et sources de financement :
Partenariat d'entreprise à 100 %, LUMA Arles pour un doctorat au sein d’Atelier LUMA

Date d'inscription en thèse : 24 novembre 2025
Date de soutenance : décembre 2028.