Troff Olivier

Regarder la complexité : dispositifs de vision du paysage en design.

Thèse sous la direction de James Auger (CRD), co-encadrée par Anne Lefebvre (CRD). Depuis septembre 2020.

Résumé de la thèse

Dans le contexte de l’anthropocène, le monde fait face à la complexité et paraît difficilement appréhendable dans la pluralité de ses dimensions. Il en va de même pour le paysage : les choses se mêlent, entre nature et culture, entre visions individuelles et collectives, répercussions locales et globales. Le paysage est appréhendable par une multitude de champs disciplinaires, chacun étant le pourvoyeur de connaissances et d’expériences qui étayent sa compréhension, sans pour autant ressaisir la totalité de ses dimensions et échelles de réalité hétérogènes, car séparant les choses en objets de science isolés alors qu’ils sont dans la vie reliés. 

Le thème des inégalités environnementales est au cœur de cet enjeu de représentation de la complexité paysagère. Il pose la question de la possibilité qu’ont les populations de vivre, malgré tout, dans un monde abimé par la crise environnementale. Les sciences humaines et sociales elles-mêmes déplorent une difficulté à se représenter ces logiques scalaires et multidimensionnelles, engagées dans des logiques d’interrelation et de rétro-action ; à les faire « tenir ensemble ». C’est pourtant cette état complexe du paysage qui permet d’évaluer avec finesse la consistance de la vie locale - dans un état passé, actuel ou futur. Familière d’un travail se jouant à l’articulation de diverses disciplines, le design a la capacité d’articuler et de gérer les raccords entre des représentations hétérogènes, de même qu’il s’intéresse à leurs conditions de production et leur contexte de réception. Pour produire pareille représentation du paysage, adéquate à l’époque contemporaine, le design doit pourtant se réformer, s’engager dans la recherche de nouvelles méthodes. 

L’objet de la recherche porte alors sur la conception de situations d’observation, de débat et de dispositifs de vision -dont l’intérêt réside en leur capacité systématique à montrer à dessein des dimensions et échelle de complexité. Dans le cas d’un conflit environnemental, cet ensemble serait un vecteur de la lutte citoyenne ayant besoin de se fédérer, de débattre, de produire de la contre-expertise et de la faire valoir à qui de droit. Le projet s’appuie sur une étude historiographique, théorique et pratique des dispositifs de vision en mobilisant une démarche de design. Cependant, elle reposera plus avant sur un aller-retour constant entre phases d’expérimentation en atelier et in situ , à tester, évaluer, concevoir et développer des dispositifs. Induisant des possibilités de voir, d’assembler et d’échanger nouvelles, la méthode espère ainsi provoquer d’autres possibilités d’agir sur le monde. Pour se faire, il s’agira de mettre à disposition des publics concernés des plans d’exécution, des modes d’emploi et une méthodologie pratique complète. Du point de vue de la recherche en design, le travail sera l’occasion de réaliser une ethnographie de ces dispositifs en situation d’usage afin d’évaluer, critiquer et systématiser la démarche.


Directeur de thèse
AUGER James - CRD/Centre de recherche en design - École doctorale 578/Sciences de l'Homme et de la Société - Université Paris-Saclay - encadrement à 50%.
Co-encadrante
LEVEBRE Anne - CRD/Centre de recherche en design - École doctorale 578/Sciences de l'Homme et de la Société - Université Paris-Saclay - encadrement à 50 %.

Modalité et financement : Thèse en recherche-projet, en 3 ans, financée par l’École Normale Supérieure Paris-Saclay via un contrat doctoral spécifique normalien (CDSN).
Inscription : septembre 2020
Soutenance : automne 2023